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En 2018 la revue Pediatric pulmonology publie une étude sur l’impact de la sophrologie dans la prise en charge de l’asthme chez des enfants de 6 à 17 ans. Cette étude a le premier grand mérite d’exister et de vouloir tester de façon méthodique et scientifique la méthode sophrologique. C’est en soi quelque chose de précieux, j’en parle un peu plus bas. Mais alors quelle preuve scientifique pour la sophrologie?

Avec l’aide d’un confrère médecin, nous allons décrypter pour vous cette étude pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants.

Sophrologie et Recherche.

Tout d’abord, la recherche en sophrologie est pauvre. En effet peu de professionnels sophrologues sont formés à la méthode scientifique. Et donc peu sont aussi en position de mettre en place des protocoles d’évaluation valables et intéressants. Par ailleurs, la sophrologie fait partie d’un plus grand groupe de thérapies de relaxation.

Ainsi, comme les frontières sont parfois floues (cf. mon billet sur la sophrologie et l’hypnose pour vous en convaincre), quand une étude peut faire appel à des méthodes sophrologiques, elle fera souvent – par mesure de simplification – référence à des thérapies de relaxation (relaxation therapy en anglais). Pour vous en convaincre, cf le site pubmed qui référence les études de santé. En cherchant le terme de sophrology, à la date d’écriture de l’article, on trouve un peu moins de 100 études. Alors que les études dont le sujet principal est thérapies de relaxation sont plus de 8000

D’où la difficulté d’apporter la preuve scientifique de la sophrologie.

Bien, passons désormais à notre étude.

Tout d’abord l’équipe de recherche l’a publiée dans un journal de grande spécialité (la pneumologie pédiatrique) à l’impact factor en 2018 à 2.81.

Qu’est-ce que l’impact factor?

L’impact factor mesure quelque part la popularité du journal. Globalement c’est un rapport entre le nombre d’articles que d’autres articles ont cité de ce journal en référence sur le nombre d’articles publiés dans ce magazine. Plus le journal publie des articles qui font parler d’eux, plus cet impact factor monte. Là, c’est pas Nature (qui est à 43) mais c’est pas non plus Coffee science (un journal dédié à la recherche de haute volée concernant tous les aspects du café d’après le site officiel ) qui semble culminer à 0.44 d’impact factor.

Donc cet article parle de 74 enfants répartis en deux groupes : le premier dont le traitement est dit conventionnel dans l’asthme (oxygénothérapie, corticoïdes inhalés, bronchodilatateurs et kinésithérapie), et le deuxième dont le traitement conventionnel est augmenté d’une séance de sophrologie.

Par ailleurs, on randomise les participants de l’étude, c’est-à-dire qu’un tirage au sort les a attribués à un groupe ou l’autre. Bien sûr c’est une démarche absolument nécessaire dans la méthode scientifique afin d’éviter les biais. En effet un individu qui aura envie de faire de la sophrologie trouvera probablement beaucoup plus d’avantages qu’une personne n’ayant pas d’avis à son sujet ou n’étant carrément pas positif à son égard. C’est une des mesures qui évite dans les études l’effet placebo, mais il y en a d’autres.

Dans les études cliniques, il est important d’annoncer avant le début d’une étude ce qui, au final, va permettre d’évaluer les deux traitements qu’on propose aux groupes. Ici, c’est une mesure assez classique et clé dans la prise en charge de l’asthme, qui est souvent reliée à la gravité des crises et in fine à la sévérité d’une maladie asthmatique, c’est le Peak expiratory flow (PEF dans les résultats) ou débit expiratoire de pointe en français.

Mais qu’est-ce que la maladie asthmatique?

Le système respiratoire, poumons, voies aériennes supérieures pour preuve scientifique de la sophrologie

Le système respiratoire

Si vous n’êtes pas asthmatique, il est probable qu’un petit rappel vous intéresse. La maladie asthmatique est chronique et atteint les voies aériennes. Elle touche 6% des adultes. C’est une maladie qui tue encore en France environ 1000 patients par an (source : collège des enseignants en pneumologie). Dans l’asthme une inflammation des voies aériennes est responsable d’une diminution du calibre des bronches. Cela est dû à l’inflammation directement, et par un remodelage chronique de ces bronches. Celle-ci, en plus, est aggravée par une sécrétion anormalement haute de mucus. Beaucoup de facteurs entrent aussi en jeu : la génétique, les allergies, d’autres stimuli de l’environnement.

Débitmètre de pointe pour mesurer le débit expiratoire de pointe, preuve scientifique de la sophrologie

Exemple de débitmètre de pointe pour mesurer le débit expiratoire de pointe

Quand les symptômes de l’asthme arrivent, il devient compliqué d’expirer l’air des poumons. La panique liée à une possible sensation d’étouffement n’arrange rien à tout ça. Bref, afin d’évaluer une maladie asthmatique, on peut faire souffler les asthmatiques dans un drôle d’objet qui estime le débit maximal d’une expiration forcée, le débit expiratoire de pointe. L’étude qui nous intéresse ici l’utilise pour évaluer l’impact d’une séance de sophrologie.

Et la sophrologie dans tout ça me direz-vous?

De plus l’article indique avoir fait appel à la sophrologie comme traitement adjuvant afin de limiter le stress des patients. Une étude précédente, mentionnée dans l’article, a conclu à des résultats positifs après une thérapie de gestion du stress comme traitement adjuvant au traitement conventionnel. L’étude cherche donc à reproduire les résultats d’une autre équipe de recherche. C’est est très sain, et parfaitement normal dans la recherche.

Ici la séance de sophrologie durait une heure, puis suivait la séance de kinésithérapie mais surtout elle était organisée par deux sophrologues différents. C’est un point important, car l’effet placebo peut aussi jouer à ce niveau. Si vous connaissez la personne la plus agréable et la plus sympathique au monde, il est probable que sa simple présence vous fasse vous sentir mieux. Mais alors on n’évalue plus la méthode sophrologique ici, juste la sympathie pour le thérapeute. Donc deux praticiens, c’est mieux qu’un seul. Mais pour bien évaluer la méthode sophrologique, il aurait été encore mieux d’avoir plus de praticiens différents.

Le hasard c’est bien mais quels sont les autres critères retenus pour composer les deux groupes?

Comme on l’a dit, on répartit les patients dans deux groupes de façon randomisée, c’est-à-dire au hasard. Est-ce que le hasard fait toujours bien les choses ? C’est un débat en soi, mais ici on a voulu aider le hasard pour qu’il soit le plus équitable possible. C’est un concept un peu étrange, mais quand le nombre de patients à répartir est petit (comme ici, 74), il est possible que les groupes ne soient pas équivalents. Qu’aurait-on pu conclure si tous les enfants du groupe sophrologie avait une maladie asthmatique qui répondait beaucoup mieux au traitement de kinésithérapie ? On aurait conclu à tort à une action de la sophrologie, et on ne veut pas ça ! Donc on essaye de faire du hasard en prenant en compte qu’on veut dans les deux groupes. C’est à dire des enfants de la même tranche d’âge et avec une maladie de la même sévérité.

La preuve scientifique de la sophrologie passe aussi par là.

Outils statistiques et chance raisonnable de se tromper.

statistiques pour preuve scientifique de la sophrologie

Avant d’aller aux résultats que vous attendez sans doute avec impatience : l’étude utilise des outils statistiques pour pouvoir annoncer avec confiance sa conclusion. En effet la question est savoir à combien de confiance on veut se positionner. Si on veut être sûr à 100%, il n’y a qu’un moyen, il faut faire faire cette étude à tous les enfants asthmatiques du monde. Là, on pourra en être sûr. Dans notre cas, on n’a que 74 enfants, et donc on va utiliser des tests statistiques pour donner une conclusion avec une chance raisonnable de se tromper. C’est quoi une chance raisonnable ? Dans la majorité des études cliniques c’est 5% de chance de conclure à tort à un effet qui n’existe pas. Et c’est aussi ce qu’ils ont choisi ici.

Conclusion de cette étude quant à la preuve scientifique de la sophrologie.

C’est ainsi que l’étude conclut – avec donc 5% de chance de se tromper – que le groupe qui a reçu une séance de sophrologie d’une heure a deux fois plus de chance d’atteindre un débit expiratoire de pointe à 30 litres/minute versus 20 litres/minute pour le groupe sans la séance de sophrologie (Odds ratio : 1.9, IC95 1 – 3.7, p=0.05). C’est un point intéressant. Sur les autres aspects mesurés (mais qui sont scientifiquement moins importants car ils n’étaient pas forcément « prévus » pour être déterminants ), on note que les scores de qualité de vie ou la durée totale d’hospitalisation entre les deux groupes semblent ne pas montrer de différence.

preuve scientifique de la sophrologie

Tableau de résultats issu de l’étude ( Romieu H, Charbonnier F, Janka D, et al. Efficiency of physiotherapy with Caycedian Sophrology on children with asthma: A randomized controlled trial. Pediatric Pulmonology. 2018;1–8. https://doi.org/10.1002/ppul.23982 )

De plus l’étude précise que la sophrologie n’est pas un traitement de l’asthme mais un intéressant traitement adjuvant. On le rappelle donc encore ici, la méthode sophrologique ne peut pas être seule un traitement de la maladie asthmatique.

Peut-on parler de preuve scientifique de la sophrologie dans la prise en charge de l’asthme chez les enfants?

  • c’est très bien d’évaluer la méthode sophrologique pour éviter les dérives que certains praticiens ont pu développer / développent;
  • d’un point de vue scientifique, ça aurait été encore mieux d’avoir un design d’étude en double aveugle. C’est-à-dire que ni le praticien qui évalue, ni le patient ne sait si c’était de la sophrologie ou pas. Ça n’est pas facile à mettre en place mais des équivalents sont possibles;
  • la sophrologie semble efficace sur cet aspect de la maladie asthmatique. Même si on se dit qu’avec une seule séance c’est un peu court pour installer une autonomie chez les patients afin qu’ils puissent gérer le stress seuls en toute autonomie, comme on peut le faire après plusieurs séances (j’en parle dans ce billet !);
  • la méthode sophrologique semble agir sur les enfants et les adolescents (ça tombe bien, puisque c’est ma spécialité ! );
  • l’évaluation grâce à tels protocoles sur ma pratique fait progresser la reconnaissance de la méthode sophrologique comme adjuvant à un traitement médical ce qui est très intéressant.

La preuve scientifique de la sophrologie n’est pas avérée par cet article. On peut par ailleurs regretter le manque de répétition de la séance. Cependant l’article démontre que le milieu médical est sensibilisé par l’apport d’un certain mieux-être pour les patients. Nous resterons donc vigilants à toute prise en compte de la sophrologie dans de nouvelles études. Et nous ne manquerons pas de partager avec vous! Qu’en pensez-vous? Laissez donc un commentaire pour en discuter ensemble.

Comme vous le savez, je ne suis pas une scientifique, mais j’essaie autant que possible au cabinet avec mes clients de mettre en place des mesures objectives de l’efficacité des séances. Et ce, notamment au travers d’outils d’évaluation du stress. Vous souhaitez en savoir plus ? Contactez-moi avec plaisir pour que nous puissions en parler ensemble !

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